lessée aux doigts dès la première nuit en tentant d’affaler son spi sous 30 nœuds de vent, Justine Franco a refusé l’option de l’escale médicale en Espagne pour aller au bout de sa course. Contrainte de ménager ses manœuvres et d’abandonner la barre au pilote automatique pendant quatre jours, la skippeuse signe une traversée remarquable pour sa toute première expérience du large en solitaire.
« Je me suis luxé les doigts en voulant affaler un spi dans 30 nœuds de vent lors de la première nuit. Il y en a un qui s’est remis tout seul, et j’ai remis le deuxième moi-même ! J’ai mis des attelles, et pendant quatre jours je n’ai pas pu barrer et j’ai dû faire toutes mes manœuvres tout doucement. Sur le coup, avec l’adrénaline, ça va, mais c’est surtout après que ça fait mal si on se cogne.
À un moment, j’ai quand même pris l’avis du médecin de course quand j’ai vu que c’était encore un peu déplacé. Il m’a dit qu’il fallait que j’aille en Espagne faire une radio. Mais après tout ce que j’ai donné pour arriver là, il était hors de question de s’arrêter ! Tant pis si j’ai des séquelles sur un bout de doigt, je m’en fous complètement, je ne vais pas être pianiste professionnelle. Il n’était pas question de faire escale.
Heureusement, le pilote a bien tenu. Je ne pouvais pas surfer dans les vagues ni envoyer autant de toile que je voulais, car je ne pouvais pas me permettre de réaffaler un spi dans 30 nœuds avec ma main. Mais j’ai quand même pris énormément de plaisir ! Ils sont vraiment géniaux ces petits bateaux : même dans des rafales à 40 nœuds, ça tient bien.
J’étais déjà venue aux Açores sur un bateau de croisière en équipage, mais là c’était ma toute première fois au large en solitaire. C’était incroyable. Je crois qu’il n’y a pas de mots qui existent pour décrire une telle expérience, il faut vraiment la vivre ! »



