Pour sa première participation à Les Sables–Les Açores–Les Sables, Gildas Dubois a découvert l’exigence du très grand large. Confronté aux immenses zones de calme générées par le relief des îles et au manque de sommeil, le skipper retire un bilan extrêmement riche de cet isolement total de quatre jours en mer.
« L’arrivée sur les Açores n’était vraiment pas facile. On en avait pourtant beaucoup parlé en briefing et on avait étudié la zone, mais une fois dans la réalité, il y a une notion d’échelle très difficile à appréhender. On essaie de comprendre intellectuellement où l’on se trouve, mais comme on n’est pas du coin, la déventée générée par les îles crée des zones de calme plat gigantesques, qui peuvent s’étendre sur cinq, six ou sept fois la taille de l’île. Entre la théorie et la pratique, il y a une lecture du plan d’eau qui vient avec l’expérience, et je ne l’ai pas encore ici. Quoi qu’il en soit, c’était grandiose et les paysages sont impressionnants.
Tout a été extrême sur cette étape. On passe de l’éclat total lors de surfs impressionnants sous spi ou sous gennaker, à des moments très durs où le manque de sommeil te fait te demander ce que tu fais là. Dans ces moments-là, c’est tout aussi fort : tu as juste envie de vendre le bateau ! Il n’y a pas vraiment de milieu. Nous avons eu de tout : du gros temps, de la pétole, toutes les conditions possibles. C’était une super expérience.
C’était ma première Les Sables–Les Açores–Les Sables (SAS) et ma première course d’une telle ampleur. J’avais hésité à arrêter mon projet, mais je tenais à faire au moins une grande épreuve au large avant de prendre une décision définitive. Cela n’a plus rien à voir avec les courses d’avant-saison : la gestion du sommeil, la stratégie du parcours… Il n’y a quasiment plus de rochers ni de trafic maritime. Pendant près de quatre jours, je n’ai parlé à personne et je n’avais plus personne à l’AIS. En tant que solitaire, cela me va très bien, mais cela reste un exercice très particulier. Il y a finalement peu d’humains sur Terre qui se retrouvent isolés sans parler à quiconque pendant quatre jours, et je le prends comme une expérience extraordinaire. »



